Par Benjamin · Stay Sharp · Mis à jour le 24 septembre 2026

Une œuvre, quelle qu'elle soit, doit absolument commencer par une préface. C'est un exercice de style qui va permettre à l'auteur d'installer des fondations solides pour ce qui va suivre. Cette première chronique va donc aborder le pourquoi du comment, la raison pour laquelle nous sommes amenés à utiliser et chérir les couteaux japonais modernes (et anciens pour ceux qui en ont la chance).
Il y a quelque chose de profond en ce qui concerne ce qui touche de près ou de loin aux lames japonaises. Nous vivons dans une époque moderne dans laquelle un nombre incalculable de technologies sont présentes. L'IA (Intelligence Artificielle) prend de plus en plus de place dans nos vies, et on peut noter que bon nombre de personnes vivent une réelle remise en question dans leur vie personnelle et professionnelle, ce qui amène souvent à une reconversion dans les métiers de l'artisanat. Ce sont des histoires que bon nombre de revues spécialisées aiment à romancer et même si la réalité n'est pas toute rose, ce n'est pas anodin de voir des gens quitter tout ce qu'ils ont mis une vie à bâtir pour se lancer dans le vide et l'inconnu.
Les couteaux de cuisine japonais ont une filiation directe avec le monde des sabres japonais. Lorsque l'édit Haitōrei (廃刀令, « Édit d'interdiction des épées ») a été promulgué au Japon le 28 mars 1876, il a été interdit à la population japonaise de porter des armes dans les lieux publics. Bien évidemment, les katanas ont été en première ligne, et cela a mis un brutal coup de frein à la production de ces lames dans les ateliers des forgerons. Ces derniers ont donc dû se rendre à l'évidence, il fallait trouver de nouvelles choses à forger afin de ne pas mourir à petit feu. Les outils pour le travail de la terre et du bois ont été parmi les premières choses en vue lors de cette reconversion à grande échelle, mais également les couteaux de cuisine.
Pour moi, il y a une différence fondamentale entre un sabre et un couteau de cuisine, à savoir la finalité de l'objet, son but final :
Katana = instruments de mort
Couteau = nourrir son prochain
Il n'y a pas besoin de vous faire un dessin car cette comparaison parle d'elle-même, mais je trouve ça très intéressant de s'arrêter quelques minutes là-dessus :
Dans la philosophie bouddhiste, nourrir son prochain (« Dana », le don de nourriture) est le premier pas fondamental sur le chemin spirituel. Tout le monde sait comment découper des choses dans l'optique de cuisiner un plat avec plus ou moins de talent, et le meilleur outil pour procéder est le couteau de cuisine. Ce dernier est donc connecté profondément avec nos habitudes de vie, qu'il soit fabriqué à l'est ou à l'ouest. C'est donc un objet précieux, tant par son esthétique (la forme) que son utilité (la fonction) : ce que j'aime appeler "le Pinacle de l'Art Utilitaire".
Dans ces chroniques, je vais évidemment parler des lames japonaises que vous pouvez trouver chez Stay Sharp, mais je sortirai régulièrement de ce cadre afin de pouvoir aborder des sujets que je juge importants. J'espère que cet exercice de style vous plaira, au plaisir.
Benjamin Paldacci
Crédit Photos:
- Stay Sharp
- Benjamin Paldacci
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